Lange René 1895-1944

Lange René


René Louis Marie Joseph Lange est né à Namur le 17 septembre 1895 à 19h30, fils de Jean Louis Hadelin Lange, ingénieur-architecte et de Malvina Joséphine Linhet Froidbise, sans profession.

Sa famille habite au n° 31 de la rue du Collège à Namur et ses frères et soeurs sont (ou seront):
- Paul Joseph Bernard Alexandre Marie Lange, né le 20 mai 1891 à Namur
- André Henri Lucien Marie Joseph Lange, né le 29 mai 1893 à Namur
- Marie Julie Rosine Angèle Joseph Lange, née le 9 octobre 1899 à Namur
- Suzanne Marie Josèphe Paule Emilie Lange, née le 20 février 1902 à Namur

Il est baptisé, comme tous les enfants de la famille, en l'église paroissiale Saint Jean l'Evangéliste de Namur.
 
Ses études primaires se déroulent sans problèmes à l'Institut Saint Louis de Namur et fait sa Confirmation Solennelle en mai 1907. Il entame ses humanités au Collège Notre-Dame de la Paix, toujours à Namur. Il termine ses humanités en juin 1912, il n'a pas encore 18 ans, et accroche brillamment la 2ème place sur les 27 élèves de sa classe de Rhétorique. Il se sent très attiré par la voie ecclésiastique, décide de devenir prêtre et rejoint le noviciat d'Arlon.
 
Il rejoint ensuite l'Angleterre et ne revient qu'en 1914. Trop jeune au moment où la guerre éclate, il sera incorporé comme soldat-brancarier de 2ème classe sous la matricule 10209. Comme tous les séminaristes, prêtres ou instituteurs, il est orienté vers les services de santé, plus spécialement au 1er Régiment des Grenadiers, 2ème Compagnie et est envoyé au Centre d'Instruction des Brancardiers Infirmiers du Camp d'Auvours près du Mans en France. Il sera nommé caporal "à titre précaire", sans doute un grade qui se transmettait de brancardier à brancardier chaque fois que celui portant ce grade trouvait la mort.

Au sortir de la guerre, il écrit quelques articles reconnus pour des revues religieuses et scientifiques, dont:
- 1921 - "Le Rayon Vert" pour la Revue des Questions Scientifiques de Bruxelles
- 1922 - "Les Dimensions des Etoiles" pour la même revue
- 1923 - "La Crise Religieuse d'Ernest Renan" pour la Nouvelle Revue Théologique
Ensuite ce seront ses livres qui seront publiés, dont:
- 1924 - "Saint Thomas, le Maître" aux Editions J Duculot de Gembloux
- 1924 - "Le Problème Théologique des Missions" dans la Collection Xaveriana à Louvain
- 1936 - "Notes d'histoire générale. Cours préparatoire à l'Ecole Royale Militaire" aux Editions L'Edition Universelle

Il reprend ses études en 1919 et étudie la Philosophie et les Sciences Naturelles à Louvain. Il devient Professeur de 4ème au Collège Saint-Michel de Bruxelles en 1927. Titulaire de 2ème au Collège Saint-François-Xavier de Verviers en 1929, il revient à Bruxelles en 1934 pour y enseigner la Littérature Française et l'Histoire aux élèves du cours supérieur de Scientifique. Il y est nommé Professeur de Rhétorique trois ans plus tard avant de l'être aussi à Verviers en 1941.

La guerre, encore, le rattrape en septembre 1944 dans les environs de Verviers. L'Etat-Major de l'Armée Secrète installé au château de Sohan, et dont les membres rejoindront les zones de combat, demande l'aide d'un aumônier pour les 350 maquisards. Le Recteur du Collège en parle à plusieurs prêtres dont René qui fait valoir sa qualité d'ancien combattant. Le lendemain on vient le chercher pour le conduire à Sohan où les maquisards l'attendent pour partir.

Le 5 septembre, des russes, engagés forcés dans l'armée allemande, tentent de s'évader et viennent se constituer prisonniers au château de Sohan mais la troupe allemande arrive. Les maquisards s'échappent et les militaires belges restent. René aussi, préfértant rester avec la châtelaine et sa fille, ils se réfugient dans la chapelle. Les allemands mettent le feu au château. Les occupants sont obligés de sortir et sont faits prisonniers. Les coups commencent déjà, sans raison, à tomber sur René. Le château est rasé car les allemands sont persuadés qu'il y a encore de la troupe. Les quelques gens qui étaient dans les dépendances sont abattus ou brûlés vifs, même les enfants et les vieillards. Ils fusillent aussi les 8 russes évadés.

René, la châtelaine, la gouvernante et la petite-fille sont emmenés. Menaces, coups de poing, coups de crosse, coups de pieds pleuvent sur lui pour lui faire avouer, ainsi qu'à la châtelaine, où sont les soldats et les maquisards. Personne ne dit rien. Les soldats arrachent ses signes religieux en le traitant de prêtre des bandits et continuent à le frapper et à le flageller. On lui cogne la tête contre un rocher, il n'en peut plus et il titube. La châtelaine dira plus tard que, pendant tout ce martyre, il était admirable de sang-froid, de calme, de courage. Il semblait avoir pleinement conscience qu'il était victime pour les autres.

Le lieutenant SS décide d'emmener René, qui tient à peine debout. Les soldats le poussent devant eux vers le bas de la côte en s'acharnant. Ils lui assènent un vigoureux coup de crosse au-dessus de la nuque, le sang gicle, il tombe de tout son long, la face contre terre. Les SS le frappent, le saisissent par le col pour l'obliger à marcher. Il avance lentement, raide comme un automate, la main gauche glissée dans sa ceinture, la droite ballante. Les soldats ne cessent de crier, de l'insulter, de le battre. C'est ici que finit le récit des différents témoins qui ont assisté aux scènes précédentes. La suite se passera dans les sous-bois.

Le lendemain, mercredi 6 septembre 1944, le corps meurtri de René Lange est retrouvé dans un petit verger, baignant dans son sang. Son corps est transféré à la morgue de Pepinster et il est enterré quelques jours plus tard à Stembert, avec les Pères de la Compagnies de Jésus. Madame Lejeune, la châtelaine, dira: "il a offert sa vie, d'abord pour la protection des maquisards, ensuite pour ses compagnons d'infortune". Assassiné en haine de son sacerdoce et de son patriotisme, il est encore vénéré comme un martyr dans la région. Chaque année, une cérémonie a lieu devant la stèle du souvenir.
 
Il restera dans les mémoires de ceux qui l'ont connu et apprécié comme un infirmier héroïque au service des Grenadiers de l'Yser, un jésuite épris de sa vocation, un professeur entraînant, un orateur plein de sève et de feu, un patriote ardent. Martyr de son sacerdoce, il a conduit sa vie sur les sommets. Sa mort héroïque couronne un poème d'idéal dédié à tous ceux qui l'ont admiré et aimé.

Documents officiels disponibles:
- acte de naissance de René Lange
- dossier militaire de René Lange
- acte de décès de René Lange

Namur vers 1906

Lange René jeune

Arlon 1920

Lange René séminariste
jeune séminariste

Louvain 1922

Lange René jésuite
avec son cousin Charles

Namur 1925

Lange René professeur
Cercle d'Etudes Chinois

Sohan

Lange René stèle
cérémonie annuelle de recueillement

Sohan

cérémonie annuelle de recueillement